Skip Global Navigation to Main Content
Skip Breadcrumb Navigation
Discours de Mme Clinton à la réunion des amis de la Syrie
 
24 fevrier 2012

Département d'État
Bureau de la porte-parole

Tunis (Tunisie)

Texte préparé pour l'intervention

Mme Clinton - Je tiens à remercier la Tunisie d'être l'hôte de cette réunion aujourd'hui et je salue la Ligue Arabe pour son leadership tout au long de cette crise. Je veux en particulier applaudir le choix de Kofi Annan comme émissaire conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe. Il s'efforcera de faire avancer le consensus qui trouve son expression dans le plan de transition proposé par la Ligue arabe et dans la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU, et je me réjouis à la perspective de travailler avec lui.

Nous sommes tous réunis ici parce que l'escalade de la violence en Syrie par le régime de Bachar al-Assad est un affront à la communauté internationale, une menace à la sécurité régionale et une grave violation des droits de l'homme universels.

Le régime de Bachar al-Assad a fait fi de tous les avertissements, a laissé passer toutes les occasions, a rompu tous les accords.

Confronté à des manifestants déterminés qui revendiquent leurs droits et leur dignité, le régime est en train de créer une catastrophe humanitaire déplorable. Des chars d'assaut et des tirs de mortier et d'artillerie lourde continuent de cibler les civils dans des quartiers résidentiels, y compris des femmes et des enfants. Les forces de sécurité ont coupé l'électricité et les communications, saboté l'approvisionnement en eau, envahi les hôpitaux et contraint des milliers de Syriens à fuir leurs foyers. L'ONU a constaté l'existence de crimes contre l'humanité. Et il nous parvient maintenant des informations concernant le rassemblement de troupes, ce qui laisse envisager des attaques encore plus meurtrières.

Ici à Tunis, la communauté internationale parle d'une seule voix, comme nous l'avons à l'Assemblée générale de l'ONU la semaine dernière, pour demander la fin des attaques brutales du régime d'Assad et le début d'une transition démocratique. Le peuple syrien tourne son regard vers nous en cette période de détresse. Nous ne pouvons pas le décevoir. Commençons par réaffirmer les principes fondamentaux dont nous sommes convenus aujourd'hui :

Nous nous faisons résolument l'écho de la Ligue arabe qui exige que le gouvernement syrien fasse immédiatement cesser toutes les attaques contre les civils ; qu'il garantisse la liberté de manifester pacifiquement ; qu'il relâche toutes les personnes qui sont détenues arbitrairement ; qu'il fasse réintégrer leur caserne d'origine à ses forces militaires et de sécurité ; et qu'il accorde aux observateurs, aux travailleurs humanitaires et aux journalistes un accès illimité et sans entraves.

Nous appelons à une solution politique négociée à cette crise ainsi qu'à une transition démocratique ouverte à tous pour répondre aux aspirations légitimes des Syriens dans un environnement dépourvu de violence, de peur, d'intimidation et d'extrémisme.

Nous sommes résolument attachés à la souveraineté, à l'indépendance, à l'unité nationale et à l'intégrité territoriale de la Syrie.

À l'appui de ces principes, le Groupe doit prendre des mesures concrètes visant trois pôles d'action : fournir une aide humanitaire d'urgence, accroître la pression sur le régime et préparer une transition démocratique.

Premièrement, les secours humanitaires. Les conditions en Syrie sont affreuses et elles empirent. Une aide d'urgence répond à un besoin désespéré, mais le régime fait tout ce qu'il peut pour empêcher les secours de parvenir à ceux qui en ont besoin. Il s'en prend aux humanitaires, aux médecins et aux journalistes qui couvrent les souffrances.

Nous ne pouvons pas attendre que cette crise se transforme en une catastrophe encore plus grande. Aujourd'hui, j'annonce que les États-Unis fournissent 10 millions de dollars pour accroître rapidement l'aide humanitaire, y compris en faveur des réfugiés. Ces fonds aideront à faire fonctionner les installations médicales de fortune, à former du personnel médical d'urgence et à livrer aux civils syriens qui en ont besoin de l'eau propre, des vivres, des couvertures, des appareils de chauffage et des trousses de toilette. Ce n'est qu'un début. Les États-Unis fourniront une aide humanitaire supplémentaire dans les jours à venir.

Des organisations humanitaires de confiance ont prépositionné des fournitures humanitaires dans divers centres de la région et elles sont déjà sur le terrain, prêtes à distribuer ces secours si elles peuvent bénéficier d'un accès sûr. À cette fin, nous appuyons pleinement les efforts du Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU visant à accorder immédiatement un accès sûr aux travailleurs et secours humanitaires.

Si le régime de Bachar al-Assad refuse de permettre à cette aide salvatrice de parvenir aux civils, il aura encore davantage de sang sur les mains. Il en va de même pour les pays qui continuent de protéger et d'armer le régime. Nous demandons aux États qui fournissent des armes destinées à tuer des civils de cesser immédiatement de le faire.

Voilà qui nous amène à notre deuxième pôle d'action : accroître la pression sur le régime de Bachar al-Assad, l'isoler encore davantage et lui envoyer un message clair : Vous le paierez très cher si vous continuez de faire la sourde oreille à la volonté de la communauté internationale et de bafouer les droits de l'homme de votre peuple.

Nous devons tous réfléchir sérieusement à la manière de faire plus. Le moment est venu où tout le monde ici présent doit imposer des restrictions de voyage à tous les hauts responsables du régime -- comme l'a fait la Ligue arabe --, geler leurs avoirs, boycotter le pétrole syrien, suspendre les nouveaux investissements et envisager de fermer ambassades et consulats. Les pays qui ont déjà imposé de telles sanctions doivent les appliquer vigoureusement.

Qu'on ne se méprenne pas sur notre détermination : ces crimes contre le peuple syrien doivent cesser, et les hauts responsables du régime doivent être tenus responsables de leurs actes.

La position de Bachar al-Assad est intenable, et de cela on ne doit pas douter non plus. Comme nous l'avons entendu directement aujourd'hui, des Syriens en dehors de la Syrie et sur le territoire syrien ont déjà commencé à planifier une transition démocratique, qu'il s'agisse des responsables du Conseil national syrien ou des conseils populaires locaux dans l'ensemble du pays qui s'organisent dans des circonstances extrêmement dangereuses et difficiles. L'appui de ce processus doit être notre troisième pôle d'action.

Assad détruit le tissu social de la Syrie et cherche à dresser les communautés les unes contre les autres. Pour réparer ces dommages et construire une démocratie durable, tous les Syriens devront œuvrer de concert -- alawis et chrétiens, sunnites et druzes, Arabes et Kurdes -- de manière à garantir dans la nouvelle Syrie la primauté du droit ainsi que le respect et la protection des droits universels de tout citoyen, indépendamment de son ethnicité, de sa secte et de son sexe.

Nous voyons dans le Conseil national syrien un représentant légitime de premier plan des Syriens qui aspirent à un changement démocratique pacifique aussi bien qu'un représentant efficace du peuple syrien auprès des gouvernements et des organisations internationales.

Comme nous l'avons entendu aujourd'hui, le CNS détaille un plan pour l'avenir, la première étape étant une transition efficace. Dans les jours et les semaines à venir, nous exhortons tout l'éventail des groupes d'opposition et des individus en Syrie, y compris les représentants de toutes les minorités ethniques et religieuses, à se rallier à cette vision commune.

Seule une transition démocratique véritable peut résoudre cette crise. Comme la Ligue arabe l’a dit, l’objectif doit être la formation d’un gouvernement d’union nationale, suivie par des élections transparentes et libres sous supervision arabe et internationale. Et le départ d’Assad doit en faire partie.

Certes, je reconnais que d’aucuns à l’intérieur de la Syrie, notamment les membres des communautés minoritaires du pays, s’inquiètent de ce qui suivra le départ d’Assad. Nous savons qu’ils ont bien plus à craindre de sa présence continue au pouvoir, mais on comprend leurs inquiétudes. C’est pourquoi j’exhorte les participants à cette réunion à faire savoir fermement que le monde ne tolérera pas qu’une forme de tyrannie en remplace une autre. Nous nous opposerons avec détermination à tout acte de vengeance et de représailles. Et nous soutiendrons une transition bien gérée qui mènera à une Syrie nouvelle où les droits de chaque citoyen seront respectés et protégés, et non pas au chaos.

Aux Syriens qui appuient encore Assad, en particulier aux membres des forces armées syriennes : comprenez bien que ce régime n’a pas d’avenir. Plus vous continuerez à mener sa campagne de violence, et plus votre honneur en sera flétri. Mais si vous refusez de participer aux attaques contre vos compatriotes, ceux-ci vous salueront en héros.

La Syrie est un fier pays de 23 millions d’habitants, à l’histoire riche et à la culture ancienne. La fin d’Assad peut marquer un nouveau départ pour la Syrie. C’est la chance de reconstruire et de renforcer les fondations de l’État. Si les Syriens s’unifient, et notamment si les responsables des milieux d’affaires, de l’armée et d’autres institutions reconnaissent que leur avenir réside dans un État syrien réformé et non dans le régime actuel, alors la Syrie peut émerger en tant que pays fort et unifié – un chef de file respecté et responsable dans la région.

Tel doit être notre objectif à tous. Et en allant de l’avant aujourd'hui, j’espère que nous continuerons de nous concentrer sur la prise de mesures concrètes visant à mettre fin à la violence et à soutenir le peuple courageux de la Syrie dans la poursuite de ses aspirations.

Je vous remercie.

(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://iipdigital.usembassy.gov/iipdigital-fr/index.html)